Pendant trois siècles, le portrait d'apparat a été, pour les grandes familles d'Europe, la manière de dire au monde, et à leurs descendants, qui elles étaient. Les rois envoyaient leur effigie dans les cours étrangères, les familles alignaient leurs ancêtres dans la galerie, et les jeunes mariés célébraient leur union par une paire de portraits. Les plus beaux arrêtent encore les visiteurs au Louvre, au Prado ou à la National Gallery.
Cette petite histoire suit le portrait royal de la fin de la Renaissance au XVIIIe siècle, à travers les œuvres qui ont défini chaque tradition. C'est aussi l'histoire de nos sept styles : chaque partie se termine par le style que notre atelier compose dans cet esprit.
Qu'est-ce qu'un portrait d'apparat ?
Le portrait d'apparat représente un personnage de haut rang (souverain, prince, grand seigneur ou dignitaire) dans tout l'éclat de sa fonction : souvent en pied et grandeur nature, en costume officiel, entouré des attributs de son rang. Le portrait royal en est la forme la plus solennelle. Il ne s'agit pas seulement de montrer un visage, mais d'affirmer un pouvoir.
Son exemple le plus célèbre est le Louis XIV en costume de sacre de Hyacinthe Rigaud (1701, musée du Louvre). Le roi porte le manteau du sacre, semé de fleurs de lys d'or et doublé d'hermine, et les insignes de l'ordre du Saint-Esprit ; à ses côtés, le trône, la couronne et l'épée de Charlemagne. Selon le Louvre, le tableau avait été demandé par son petit-fils, devenu roi d'Espagne, mais Louis XIV et toute la cour l'admirèrent tant que le roi garda l'original pour Versailles et en commanda une seconde version pour Philippe V.

À l'atelier : colonnes de marbre, lourdes draperies et intérieurs dorés forment le vocabulaire de notre style Portrait de palais.
Qu'est-ce qui rend un portrait « baroque » ?
Le baroque est le style dominant de l'art européen du XVIIe siècle. Le mot viendrait du portugais barroco, qui désigne une perle irrégulière, et fut d'abord péjoratif. En matière de portrait, baroque signifie une mise en scène qui a un but : compositions en diagonale, draperies amples, ombres profondes et lumière dirigée, tout concourt à impressionner le spectateur par le rang et la présence du personnage.
Un portrait baroque montre rarement un simple visage. Il met en scène une personne : un rideau qui s'écarte, une colonne à l'arrière-plan, une main posée sur un casque ou sur la tête d'un chien. Chaque accessoire est un mot d'un langage visuel que les contemporains lisaient couramment.
Portrait Renaissance ou baroque : ce qui a changé
Les portraits de la Renaissance, en gros de 1400 à 1600, privilégient l'équilibre, la clarté et le calme. Beaucoup montrent le personnage de profil ou de trois quarts, souvent en buste ou à mi-corps, sur un fond uni ou devant un paysage lointain.
L'Empereur Charles Quint avec un chien de Titien (1533, musée du Prado) compte parmi les plus célèbres des premiers portraits de souverain en pied. Le Prado explique que Titien s'est appuyé sur un portrait du peintre de cour Jakob Seisenegger, puis l'a transformé, en abaissant notamment l'horizon pour donner plus de présence à l'empereur. Le Portrait d'Éléonore de Tolède et de son fils Giovanni de Bronzino (vers 1545, galerie des Offices, Florence) montre un autre visage du pouvoir : la duchesse de Florence dans une robe de brocart de soie, le tissu le plus coûteux de son temps, sur un fond de précieux bleu de lapis-lazuli.
Les peintres baroques ont repris cette scène et l'ont mise en mouvement. La lumière se fait théâtrale, les poses pivotent et se font éloquentes, les étoffes s'envolent. Là où le portrait de la Renaissance invite à la contemplation, le portrait baroque cherche à convaincre.
À l'atelier : brocarts, bijoux et assurance tranquille du portrait ducal revivent dans notre style Duc & Duchesse.
Van Dyck et l'élégance de la cour
Peu de peintres ont autant façonné l'image d'une cour qu'Antoine van Dyck, peintre de la cour de Charles Ier d'Angleterre de 1632 à sa mort en 1641. Là où les portraits de cour pouvaient être raides, Van Dyck apporte l'aisance : soies qui ondoient, mains détendues, regard qui semble à peine se tourner vers nous.
Ses Cinq Enfants aînés de Charles Ier (signé et daté 1637, Royal Collection) montrent le futur Charles II, la main posée sur un énorme mastiff, près de son frère et de ses sœurs, sous le regard d'un petit épagneul. La Royal Collection souligne que le tableau rend justice à la jeunesse comme au rang de ses sujets, rompant avec l'habitude de peindre les enfants royaux en adultes miniatures.
À l'atelier : cet équilibre entre grandeur et tendresse, velours, hermine et or éclairés comme à la bougie, c'est notre style Cour royale.
Ombre et caractère : la peinture du Siècle d'or hollandais
Dans les Provinces-Unies, où les grands commanditaires sont des marchands et des bourgeois plutôt que des rois, le portrait se transforme au goût de ceux qui le paient. La soie noire et la dentelle blanche remplacent l'hermine ; le caractère prend la place du cérémonial.
Le portrait d'un couple, probablement Isaac Massa et Beatrix van der Laen, peint par Frans Hals vers 1622 (Rijksmuseum), montre les jeunes mariés détendus et souriants. Le Rijksmuseum rappelle combien il était rare de représenter un couple grandeur nature et ensemble sur un même tableau, et plus encore avec une telle gaieté. Les portraits en pied du jeune couple Maerten Soolmans et Oopjen Coppit par Rembrandt (1634) appartiennent aujourd'hui conjointement au Louvre et au Rijksmuseum, qui saluent leur jeu de noirs et de blancs.

À l'atelier : ombres profondes, lumière éclatante et caractère du personnage au premier plan : c'est notre style Siècle d'or.
Uniformes et bravoure : le portrait d'officier
Le portrait militaire fait d'un commandant un héros. En Grande-Bretagne, une œuvre de référence est le Capitaine Augustus Keppel de Joshua Reynolds (1752-1753, National Maritime Museum, Greenwich). Keppel avance à grands pas sur un rivage battu par la tempête, le bras tendu, les débris d'un naufrage dans l'écume derrière lui ; James Northcote, ancien élève de Reynolds, y voyait une allusion au naufrage du navire de Keppel, le Maidstone, en 1747. On compare souvent la pose à celle de l'Apollon du Belvédère, et les contemporains disaient que ce tableau avait fait la réputation du peintre.
À l'atelier : vestes galonnées, épaulettes dorées et ciel dramatique appartiennent à notre style Commandant, qui sied remarquablement bien à un chien fidèle.
Soies et perles : le portrait au XVIIIe siècle
Au XVIIIe siècle, la grandeur s'adoucit. À la cour de France, bien des portraits de femmes délaissent les lourds brocarts pour la soie, la mousseline, les perles et les fleurs, et la pose gagne en naturel.
Élisabeth Louise Vigée Le Brun incarne ce moment. Reçue en 1783 à l'Académie royale de peinture et de sculpture, qui n'admettait alors qu'une poignée de femmes, elle est la portraitiste préférée de Marie-Antoinette ; la National Gallery compte plus de trente portraits de la reine et de sa famille. Son portrait de la reine en simple robe-chemise de coton blanc fit scandale au Salon de 1783 par son manque de cérémonie. Son Autoportrait au chapeau de paille (National Gallery, Londres), copie de sa main d'un célèbre autoportrait de 1782, la montre en plein air, palette à la main.
À l'atelier : soies, perles et lumière douce, dans cet esprit raffiné, composent notre style Grande dame.
La terre et le lignage : le portrait de campagne anglais
En Angleterre, la gentry voulait être peinte avec ce qui fondait son rang : ses terres. Mr and Mrs Andrews de Thomas Gainsborough (vers 1750, National Gallery, Londres) montre un jeune propriétaire de l'Essex et son épouse devant leurs champs moissonnés, l'église de leur mariage entre les arbres. On l'a décrit comme un triple portrait : Robert Andrews, son épouse et sa terre. Le tableau suit la mode de la conversation piece, portrait de deux personnes ou plus, souvent en extérieur et de petit format.
Dans les décennies suivantes, Reynolds défend le grand manner, cette « grande manière » idéalisée et classique, dans les Discours qu'il prononce devant les élèves de la Royal Academy entre 1769 et 1790.
À l'atelier : le paysage ouvert, la demeure au loin et l'aisance de personnes chez elles dans leur monde : c'est notre style Domaine aristocratique.
Chiens, chats et compagnons dans les portraits royaux
Les animaux n'ont jamais été de simples accessoires. Le Prado rappelle que le chien de Charles Quint prolonge une longue tradition des portraits de souverains à la cour de Bourgogne. Chez Van Dyck, le grand mâtin semble veiller sur les enfants de Charles Ier. Dans Les Ménines de Velázquez (1656, Prado), un mâtin couché au premier plan se laisse taquiner du pied par Nicolasito Pertusato, et Gainsborough place un chien de chasse attentif aux pieds de Robert Andrews.
Les petits épagneuls chéris à la cour des Stuart, dont plusieurs figurent dans les portraits de Van Dyck, ont fini par porter le nom du roi Charles. Les chats étaient des invités plus rares du portrait officiel, ce qui explique peut-être l'assurance souveraine d'un chat drapé d'hermine aujourd'hui.

La tradition se poursuit dans nos portraits d'animaux aristocrates, où le compagnon occupe la place d'honneur, seul ou aux côtés de ceux qui l'aiment.
Les portraits royaux étaient-ils fidèles ?
Pour l'essentiel, oui, mais de façon choisie. Le portraitiste devait livrer une ressemblance reconnaissable, et un idéal.
- Le commentaire du Prado sur le Charles Quint de Titien observe que, par rapport à la version plus littérale de Seisenegger, Titien a affiné la silhouette de l'empereur, relevé ses paupières pour animer son regard et lui a donné un nez classique d'une perfection peu vraisemblable.
- Rigaud montre un Louis XIV sexagénaire avec le visage de son âge, mais les jambes placées comme celles d'un danseur : le roi avait dansé dans les ballets de cour dans sa jeunesse, comme le rappelle le Petit Louvre, le site du musée destiné aux jeunes visiteurs.
- Le National Maritime Museum relève que Reynolds a vêtu Keppel d'un uniforme de la marine introduit neuf mois seulement après le naufrage évoqué par le tableau.
Autrement dit, les grands portraits sont fidèles à la personne et généreux avec les circonstances. C'est aussi ainsi que notre atelier aborde un portrait aujourd'hui : la ressemblance est préservée, tout le reste est réinventé. D'où l'importance de la photo : découvrez quelle photo choisir pour un portrait personnalisé dans notre guide.
La tradition aujourd'hui : sept styles, sept lignées
Chacun de nos sept styles dialogue avec l'une de ces traditions : « à la manière de », jamais la copie d'un tableau en particulier.
- Cour royale, à la manière des grands portraits de cour
- Grande dame, à la manière des salons du XVIIIe siècle
- Duc & Duchesse, à la manière du portrait ducal
- Commandant, à la manière du portrait d'officier
- Portrait de palais, à la manière du portrait d'apparat
- Siècle d'or, à la manière du Siècle d'or hollandais
- Domaine aristocratique, à la manière du portrait de campagne anglais
Vous pouvez voir les styles dans la galerie, puis choisir la tradition qui convient à la personne, au couple ou au compagnon auquel vous pensez.
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